Contes et chant antankaraña
« Angano, angano, arira, arira tsy izaho no mandainga fa izay no lovantsofina »
 «Conte, co
nte, ce n'est pas moi qui mens, mais les anciens d'autrefois »


Lac Antanãvo - Photo JML-ZOMARÉ ©2001

SOMMAIRE


1. Le lac d'Antañavo
Extrait de : JAOVELO-DZAO Robert - Mythes, rites et transes à Madagascar, Karthala Editions, 1996, 392 p.

Au Sud du Massif d'Ambre, non loin du village d'Ambohimarina, se trouve un assez grand lac que l'on nomme Antañavo. Au sujet de ce lac, qui est sacré pour eux, les Sakalava content la légende suivante.



Image zomaré/jml © 2000

A l'endroit où se trouve aujourd'hui le lac, il y avait autrefois un grand village sakalava. Les habitants de ce village avaient un roi, des princes, des princesses. Ils avaient aussi des troupeaux de boeufs, des champs de manioc et de patates, des rizières: en un mot ils vivaient exactement comme les autres Malgaches.

Dans ce village se trouvaient, mêlés à la foule des autres habitants, un homme et une femme, dont les noms sont restés inconnus. Ils étaient mariés et avaient un enfant de six mois environ. Une nuit, cet enfant se mit à pleurer, sans que l'on sût pourquoi, et rien ne pouvait le consoler. Sa mère avait beau le caresser, le prendre dans ses bras et le bercer en chantant, rien n'y faisait. Lorsqu'elle lui donnait le sein, il le refusait et continuait à pleurer.
Alors elle quitta la natte sur laquelle elle reposait et alla s'asseoir hors du village, sous le gros tamarimer où les femmes ont coutume de se réunir matin et soir, pour piler du riz, et que pour cette raison, on appelle ambodilôna. Elle pensait que le grand air et la fraîcheur de la nuit calmeraient son enfant. Sitôt qu'elle fut assise, il se tut et s'endormit. Elle retourna tout doucement dans sa case, mais à peine y était-elle rentrée qu'il se réveilla et se mit à crier de plus belle.

Elle ressortit et revint s'asseoir sur un mortier à riz. Comme par enchantement, les pleurs de l'enfant cessèrent et il se rendormit. Sa mère voulut de nouveau revenir vers son mari; mais sitôt qu'elle eut franchi la porte de sa case, les pleurs recommencèrent avec des contorsions et de grands cris. Trois fois la mère fit ainsi, et trois fois l'enfant, s'endormant dès qu'elle était assise sur le mortier à riz, se réveillait et criait dès qu'elle essayait de rentrer chez elle. Elle sortit alors une quatrième fois et se décida à passer la nuit sous le tamarinier.

A peine était-elle assise que tout le village s'effondra brusquement, s'enfonça dans le sol et disparut avec grand bruit. Un trou énorme se creusa à sa place et se remplit d'eau. Et l'eau arriva jusqu'au pied du tamarinier où la femme épouvantée se tenait, serrant convulsivement son enfant entre ses bras.

Elle fut, avec son fils, la seule survivante de la catastrophe. Dès qu'il fit jour, elle quitta son refuge et courut jusqu'au village le plus proche raconter aux habitants ce qui s'était passé sous ses yeux.

Le lac qui s'est ainsi formé à la place du village est sacré. De nombreux crocodiles l'habitent et les Sakalava croient que les âmes des anciens habitants disparus se sont réfugiées dans leur corps. Aussi ne les tue-t-on pas. On a pour eux, au contraire, la plus grande vénération.

Lorsqu'un couple est menacé de stérilité, il se rend au bord du lac. Il invoque les esprits des habitants disparus et les prie de vouloir bien lui accorder une nombreuse progéniture, promettant, en échange, de venir leur sacrifier un boeuf ou des volailles.

Lorsque la prière est exaucée, le couple revient au bord du lac accomplir son voeu. Les animaux promis sont sacrifiés au bord de l'eau, et une partie de leur chair est distribuée aux crocodiles du lac.

Lorsqu'un Malgache tombe malade (…) on le transporte au bord du lac, on le lave avec ses eaux et il guérit. C'est là même, le seul remède qui soit efficace; aucune autre prescription de sorcier ne saurait amener la guérison.

Mais on ne peut entrer dans l'eau pour s'y baigner. Il est même très fady (interdit) d'y plonger les pieds et les mains. Lorsqu'on veut en boire on doit la puiser à l'aide d'un récipient disposé au bout d'un long manche et on va l'absorber à quelques pas du bord. Les ablutions elles-mêmes ne sauraient être faites qu'à une certaine distance des rives.

Il est aussi très fady (tabou) de cracher au bord du lac ou d'y satisfaire à un besoin naturel. Celui qui violerait ces défenses serait dévoré tôt ou tard par les crocodiles qui respectent, au contraire, tous ceux qui s'y soumettent et qui ne disent jamais du mal du lac et de ses habitants.

Au Sud-Est du lac se trouve une montagne qu'on appelle Maherivaratra (où les orages ou les tonnerres sont très forts). Elle est, paraît-il, habitée par les orages qui trouvent un refuge dans un lac très profond placé à son sommet (Dandouau, pp. 120-122).

Extrait de : JAOVELO-DZAO Robert - Mythes, rites et transes à Madagascar, Karthala Editions, 1996, 392 p.


2. Rasamisery, Akomba ndraiky Tranboño
Nipatrake masikiny... Ndray raha hsheniny fo taaila tsy hitany.
Nandeha nanapaka kakazo izy. Misy olo indreky atao hoe Rasamisery. Izy olo masiaka, tia mamônavôna olo. Andra araiky izy nañiaña Rakomba ndraiky Tramboño. Nianin'i Rasamiaery irô. Latsaka añatin'ny lavaka be irô.
« A ! Izaho hañano zaka ahafaka atsika, hoy Akomba.
- Ataovy, hoy Rasamisery. »
Nanonganonga tañ'abo kely izy. Niantsa karaha izaiñy  :
« A ! Raolombeloño ô,
A ! Tsivadikadiky,
A ! Tsivadikoloño ô,
A ! Tsivadikadiky e ! »
Reñin'olo masikiny be, fa tsy namaly izaiñy, nañatoño fo izy.
Nihira karaha io indreky koa ny Akomba :
« A ! Raoloambeloño… »
Izikoa fa hitan'ny Akomba olo masikiny, ningiany nisitriky taña-tin'ny lavaka. Nitsidihiny olo masikiny :
« A ! Zalahy e, zalahy e... Alà koany izahay
- Ià, hoy masikiny. »
Nanapaka kakazo izy. Nadekiny tambany tañy, rakarakaraka : i Tramboño nañaniky, nafaka tañabo taty. Avakio nitsambokiny nitsambokiny i Akomba, navy tañabo taty izy. Hoy irô tam'masikiny :
« Aza alaiñy i Olo, fa anao voneny e !
- A ba ! Ndray anareo kafokafon-draha nalaika ke ! alombeloño miraña izaho tsy alaiko ?
- Anao fo boaka hivolañanay izaiñy ! »
Avakio nalainy i Rasamisery.
« A ! Anao kamarady, sakaizako, anao masikiny ?
- Ià.
Alô andeha hangala entaña aminakahy. »
Namiany entaña maro, namiany basy.
Misy ampanjaka añilan-drô very fitaritra be mahita lavitra. Avakiô, hoy i ampanjaka io :
« Izikoa olo mahita fitaritra be mahita lavitra nakahy, amiako antasasakan'ny fanañako. »
Izikoa fa helahela hitan'ny masikiny fitaritra be mahita lavitra.
« A ! Andesoko amin'ny sakaizako, hoy izy. »
Izikoa fa nandesiñy tañy :
« A ! Zalahy e ! Nahita zaka be izaho ô, hoy izy !
- Nino zo ?
- Fitaritra be mahita lavitra ny ampanjaka, hoy izy.
- Izaiñy zalahy, hoy izy ?
- Ià, hoy masikiny.
- A ! Anao tsy te-hisaky, zalahy ?
- A ! Izaho te-hiseky, hoy izy. »
Hoy Rasamisery tamin'ny vadiny :
« Hantsakà rano rañônao. »
Nantsaka rano izy, nataony tañatin'ny moraba. Hoy Rasamisery :
« Fa pare izy iô, zalahy e !
- Ià, hoy masikiny. »
Nandeha niseky izy. Nifify tam-baravaranan'ny moraba i Rasamisery. Nitana kobay be izy. Masikiny koa niboaka nivangosiny kobay. Toraña izy, nigadràny~ tañatin'ny traño, niaraka taminy i Akomba ndreky Tramboño. Nandesiny fitaritra be mahita lavitra tamin'ny Ampanjaka.
« A ! Hitako fitaritra be mahita lavitra e, hoy izy ! »
Masikiny taty tampodiaña. Avakio :
« A, hoy Tramboño, izaho hañano zaka ahafahatsika. » Nivontivonteny i mañangy io. Avakio nibiafin'ny mañangy ny traño. Nilefa irô. Avakio :
« A ! Atsika andaha amin'i Ampanjaka. »
Nandeha irô, navy tañy irô. Hoy masikiny tamin'ny ampanjaka :
« Amia zaho fitaritra be mahita lavitra nakahy.
- Ehe, ity tsy ninao hoy empanjaka.
- Izaho nahita izyio vary, hoy izy,nandesiko tamin'i Rasamisery, avakio izaho nitorañiny.
- A ! Izaiñy, hoy ampanjaka ? Mandao anao Rakomba mikaiky Ramamisery, hoy, izy. »
Nandeha i Akomba, navy tamin'i Rasamisery :
« Anao izaiñy kahin'ny ampanjaka e, hoy izy.
- Mandihaña añy, raha matimaty, hoy Rasamiaery ! »
Nianin'i Rasamiaary Akomba io, ndreky navy tamin'ny ampanjaka tañy.
« Akory arô, hoy Rasamisery ?
- A ! Meva, akory anao, hoy irô jaby ? A ! Nañino anao nanoraña havanao nahita fitaritra be mahita lavitra, hoy izy ?
- A ! Tsy izy nahita zo, fa izaho !
- Izaiñy, hoy ampanjaka tamin'ny masikiny ndreky tamin'ny Akomba ndreky Tramboño ?
- E, tsy izy nahita zo fa Ramasikiny, hoy irô.
- A ! Vonia, vahôra , Rasamisery, hoy ampanjaka ! »
Nivahôran-drô, avakio nivonan-drô ô ! Avakio namian'ny ampanjaka i Ramasikiny ny antsasakan'ny fanañany.

3. Ilay matariky ndraiky ilay matity
Nipatraka irô… Izikoa fa helahela :
« Atsika handeha hitadia ariaña e, hoy irô !
- Ià, hoy ilay matity. Atsika edy handisa vatsy e, hoy ilay matity.
- Ià, hoy ilay matariky. »
Nandisa be irô. Daba araikin'ilay matariky, daba iraikin'ilay matity.
Izikoa fa nefa, nandeha irô. Navy tañaty ala be, nisy rano.
« Atsika zalahy, fa silôño, fa handoky e, hoy ilay matariky.
- Anao mandoky, zalahy, hoy ilay matity tamin'ilay matariky, fa izaho handeha hangala azomaty.
- Ià, hoy ilay matariky. »
Nandoky izy, ndraiky nasaka, tsy navy ilay matity. Namoatra izy.
Izikoa fa nefa voatra nany, navy ilay matity. Nihinaña irô.
« Izaho, zalahy, handaha e, hoy ilay matity.
- Anao koa handeha, hoy ilay matariky, hindesa hely koa ny vatsy nakahy fa izaho mbola hiseky.
- Ià, hoy ilay matity. »
Nandasin'ilay matity malaky varin'ïlay matoriky. Nañaraka ilay matariky.
Ndraiky fa hela tsy nety nahita ilay matity. Nikaikaiky izy. Tsisy namaly. Izikoa fa navy taloha tañy ilay matity, izikoa hanonga tanàna, nitavy kakazo be, nalavony amin'ny lalaña. Nandeha, izikoa navy taloha ilay matariky, andra fa hariva, nahita matoevavy izy :
« A ! Dady e ! Anao tsy nahita olo nilanja vary izaiñy nomba tiô ?
- Izaho nahita olo izaiñy, nomba tiô, nanonga an-tanàna ary.
- Akory ataon'ny lalaña ary ?
- A ! Manampaña izy ary, hoy matoevavy, araiky ankahery mandeha an-tanàna araiky an-kavia mandeha an-dolo. Tandremo volaña nakahy izaiñy fa andra fa hariva e...
- Tanàna ary mba mbala lavitra, hoy izy ?
- Lavidavitra hely izy ry !
- A ! Izaho mandeha he, hoy izy. »
Nandeha izy, navy taloha, hitany lalaña aroe manampaña.
Araiky mandeha ankahery nilavoan'ny kakazo (nandavoan'ilay matity kakazo) :
- A ! Mavandy matoevavy ! Lalaña mandeha ankahery maty ke ! Araiky ankavia ity izy ! »
Nandeha izy nañaraka araiky ankavia. Andra fa haliñy navy tandolo izy.
« Hôdy, hoy izy !
- Karibo, hoy ilay matoelahy ampiambiñy tanàna. Azôvy anso izaiñy ?
- Izaho, hoy ilay matariky.
- Anao, hoy ilay matoelahy ? Amia izaho edy satrokonao. »
Avakio namiany.
« Amia izaho antsinao ndraiky akanjonao. »
Namiany.
« A ! Matariky anketiñy anao ! Indray zakanao, izaho ity fa maty. »
Navozo olo.
« Anao niany ity, koa ilay matity, nivonieko. Mandria iô anao, hoy izy.
Izikoa mañana ekoho, izaho mampifohe anaa. Tandriñasa taerabe zaka hivolañln-dry hevako.
- Ià, hoy ilay matariky. »
Nandry izy. Akoho koa nañena, nifôhazin'ny lolo. « Anao aza mivolaña, anao koa mivolaña vonen-drô.
Avy lolo aroe lahy.
« Hôdy, hoy irô ?
- Karibo, hoy matoelahy ! Akory kabaro nimboanarô tañy ?
- A ! Tsisy kabary, nandeha tañy fo izahay. Ary fo izaiñy misy olo marary nanaitiky ala. Misy saha an-tany nanapahany kakazo misy lavaka amaloño avoa tototro ny kakazo nany. I amaloño fa tia hiboaka. Izaiñy fo mamparary lehilahy io. Izaiñy koa hafakan-drô ho janga lehilahy io.
- Reñinao izaiñy, hoy matoelahy tamin'ilay matariky ?
- Ià, hoy izy.
- Anao izaiñy indraiky karaha misy namanao mivolaña aminao ?
- Ehe, hoy matoelahy ! Izaho mañitsihitsy valananarô. »
Izikoa fa helahela navy indraiky lolo maro an-trañon'ny matoelahy :
« Hôdy ?
- Karibo ! Akary kabaro tañy ? Aty fo izahay mipatraka tsara.
- A ! Tsisy kabaro, nandeha tañy fo. Ary izaiñy fo misy olo miady ariaña. I ariaña io, tsy hitan-drô an-tany misy izy. Ka izy môra hita fa, hoy lolo : an-joron'ny varion-drô fa misy izy.
- Reñinao izaiñy, hoy matoelahy ?
- Ià, hoy ilay matariky !
- A, izaiñy koa, ary misy olo tsisy rano, hoy irô lolo. I ampanjakan-drô misy rano bidô araiky ! Ndray i rano tsy amian'ny ampanjaka. Ke i ampanjakan-drô hivonen-drô, ndray fa antiñanan-drô mariny fa misy rano !
- Reñinao izaiñy ?
- Ià, hoy izy.
- Izahay mandeha, hoy irô lolo eby.
- Ià, hoy matoelahy. Mandao anao e, hoy izy tamin'ilay matariky.
Reñinao volañan-drô tiô iñy ?
- Ià, hoy izy. A, mersy aminao nambera, izikoa tsy anao nivanen-drô izaho. Izaho mandeha e, hoy izy !
- Ià, hoy matolahy. »
Nandeha izy, navy tan-tanàna. Izy tsiendriky nihinaña fa misy aroa andra.
« Hôdy, hoy izy tan-trañon'olo ?
- Karibo, hoy irô ! Akory arô ?
- Meva, akory arô ? »
Irô fa misy olo marary amin-drô.
« Akory anao Zalahy, tsao mba mahaihay aody ?
- Izaho, hoy izy, tsy mahay, fa mety ataotsika fa, hoy izy. Andokia entsiendriky izaho. Andokia henan'ny añomby koany Izaho !
- Ià, hoy irô. »
Nandoky irô.



« Izikoa tsy heny, voneitsika ! »
Avakio, nasaka haeniñy, namian-drô izy. Izikoa fa boaka nihinaña !
« Atsika hañano izy heky, hoy izy tamin-drô. »
Nañano sikidy :
« A ! Izy ity tiô tsy nitaitiky ala, hoy izy ?
- Nitaitiky, hoy irô.
- Alô handeha hizaha atsika, fa añy misy zaka mañano izy ity.
Izikoa tsisy karama, izaho tsy handeha.
- A ! Anao hamianay añomby folo ndraiky vola vahatra araiky.
- Ià, hoy izy.
- Nandeha irô, navy tamin'ny saha.
- Zahanarô io, fa misy lavaka amaloño tototro, hoy izy. »
Nizahan-drô, hitan-drô. Nibiafin-drô. Avakiô janga io olo io.
« A ! Amianarô izaho karama nakahy, hoy izy. »
Namian-drô.
Avakio misy olo nirahin-drô hañatitry vola ndraiky añomby. A, navy taloha irô nahita tanàna misy olo miady ariaña.
« A ! Ary misy ampanjaky tsao fo mahay raha, hoy irô, kahia ity lzaiñy. »
Nikahin-drô.
« A ! Izahay ity, hoy irô, miady ariaña, ke mbe mety sikisikidianaña hely ?
- Ià, hoy ilay matariky. »
Nisikidy izy. Misy ampandon'ny añomby aminany. Lomoay izy mañaraka ampandon'ny añomby, ataony aloha karaha ity.
« Angada anarô fa misy eto. »
Nangadian-drô. Hitan-drô.
« A ! Anaa amianay vôla sajoa araiky, hoy irô. »
Namian-drô izy.
Namian-drô ampañatitry. Nandaha irô, navy an-tany misy ampanjaka.
« Hôdy, hoy irô ?
- Karibo ! Izahay ity eto, hoy irô, tsisy rano. Anao tsao mila mahaihay raha sikidiàna zaka mahazo izahay ity. »
Nisikidianany :
« A ! Anarô ity misy rano mariny anarô fa, hoy izy, fa tsy hainarô. Ataovy antsiendriky fañikiaña, hoy ilay matariky…
- Anao amiako antsasakan'ny fanañako, hoy ampanjaka…
- Alô atsika hañano izy. Milomoaiza hangala tsaikômpaka. »
Lomoay irô matoelahy aby hangala tsikômpaka.
« Io hoe, hoy irô taminany.
- Lamoaiza anarô mañaraka izaho. »
Nilomoay irô.
« Tomboa eto, hoy izy tamin-drô. »
Nitomboin-drô. Niboaka rano be ! Nanjary teñan-drano. Avakio namian'ny ampanjaka izy antsasakan'ny fanañany.
Nomba tiô ilay matity. Hoy ilay matariky ?
« Kahia aty olo mandalo. »
Nikahin-drô.
« Akory izaho nivonenao karaha ity, hoy ilay matariky ?
- A ! Izaho boaka diso, hoy izy. Misy rano aminarô eto, hoy izy ?
- Ià, hoy ilay matariky.
- Izaho mbala handeha hiseky antsiendriky, hoy izy. »
Izy nisaiky, nanjary lombokomaña.

4. Comment Salebo devint roi (*)
Autrefois, du temps du roi Randriambe, vivaient deux paysans qui avaient un fils très rusé du nom de Salebo. Un jour, accompagné de deux gardes, le roi passa devant leur maison et trouva l'enfant blotti contre la porte.
« Où est ton papa, garçon ? fit le roi d'une voix amusée.
- Papa, Monsieur, il est allé mépriser les vivants et accueillir les morts.
- Et ta maman ?
- Elle est allée vendre la sagesse pour devenir folle.
- Tu te moques de moi, petit coquin ?
- Oh ! non, Monsieur.
- Eh bien ! Explique-toi, alors...
- Papa est allé chercher du bois pour la cuisine. Il méprise les bois verts et prend les secs.
- Très bien. Et ta maman qui est folle ?
- Elle est allée à la pêche à la nasse, après s'être vêtue de haillons, mais elle a de beaux habits, je la crois folle.
- Tu dis vrai, mon petit, viens avec moi. »
Le roi, au palais, lui donna un sac de pièces d'argent.

Un jour, le roi voulut éprouver le gamin : il lui commanda de construire une pirogue en pierre. L'enfant obéit. Il prit quatre haches tranchantes et les brisa l'une après l'autre sur un grand rocher, et, tout en sueur, il s'assit. Le roi, impatienté, envoya un serviteur.
« Tout est prêt, dit Salebo, la pirogue est faite. Il me faut une corde de fumée pour l'amener et un bol de lait de taureau pour calmer ma soif. »
Le roi, furieux, ordonna de lier le garçon et de le lui amener. « Tu te moques de moi, garnement ! Une corde de fumée, du lait de taureau !!
- Et vous, Ô roi, riposta Salebo, où avez-vous vu une pirogue en pierre ? »

Le roi était vaincu. De rage, il fit coudre Salebo dans un sac et ordonna de le jeter à la mer. La mer était loin, et les porteurs, épuisés par la chaleur, la faim et la soif, abandonnèrent leur fardeau au milieu du sentier et allèrent déjeuner au village voisin. Salebo, entendant les beuglements de boeufs, se mit à se rouler dans son sac. Un jeune bouvier Antandroy ouvrit le sac.
« Qui t'a mis là-dedans ?
- Ma folie. Le roi voulait me donner sa fille en mariage, mais j'ai refusé. Il m'a puni.
- Ah ! C'est cela, dit l'homme ; laisse-moi, je me mets à ta place. »
Salebo cousit le sac et s'enfuit avec les boeufs et la malle de piastres.

Les bourreaux revinrent et plongèrent le sac dans la mer, malgré les cris de l'Antandroy. Puis chacun rentra chez soi. A minuit, Salebo rentra dans la ville et alla trouver le roi.
« Majesté, lui dit-il, je suis Salebo que vous avez précipité dans la mer. Je vous en remercie, car au fond de l'eau, vos ancêtres m'ont donné toutes ces richesses. Ils habitent dans un vaste palais. »
Le roi, tout joyeux, réveilla ses serviteurs pour entendre le récit de Salebo. Le rescapé reprit son histoire et ajouta : « Je viens de la part des ancêtres du roi pour l'appeler avec toute sa famille. Voici l'argent que j'ai ramassé dans leur cour. »
Le roi aussitôt commanda à Salebo de le coudre dans des sacs, lui et les siens, pour lui permettre de voir leurs ancêtres. Ce fut fait séance tenante. Salebo et les serviteurs du roi plongèrent les sacs dans la mer.
Après quoi, Salebo réunit le peuple : « Je suis votre roi désormais. Et celui qui ne voudra pas m'obéir ira ramasser les trésors de ses ancêtres au fond de la mer. » Tous comprirent et l'acclamèrent pour leur souverain.

« Tsy angano angano, tsy arira arira, tsy zaho mpandainga fa olona be taloha. »


5. Chant antankaraña (Ambilobe)

mis en musique et recueilli par Mère-Jean, mesuré par P. Higelin (**)

1. Inon'iry e, atolin-drakidraky,
Atolin-drakidraky, amia motro zaho,
Amia motro zaho, andokiako atolin-drakidraky e.
(ou : Amia motro zaho ataoko anaty babaky e.)
Azaovy tsy mahay tany ity ninay ?
Refrain : A! A! A! A! Ankarana zafintany a (bis)

2. Matsabory antety zana-drano boka,
Matsabory ankonko zana-dranomasina,
Raseta malahelo latsa-dranomaso.
Azaovy tsy mahay tany ity ninay ?

3. Chevrolet hanonga Ambilomahangaodro,
Manonga Ambilomahangaodro,
Mirana araopianina.
Azaovy tsy mahay tany ity ninay ?

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6. Ny Voalavo ndraiky ny Rabosy (***)

Andeha hamangy havana irô. Navy taloha nisy rano be. Irô tsy nahita lakana nomboan-drô.
« Atsika hiasa lakana, hoy irô.
- Ino zaka ataontsika lakana ?
- Mahôgo malakilaka, zalahy ! »
Nañombotro rnahôgo. Nilolohan-drô. Nataon-drô lakana. Nin-dRabosy izay avy boaka am-bavany, nariany. Izikoa nefa, nataon-drô añatin'ny rano.
Nihôndraña irô.
Izikoa fa navy tañivoivo, nitsikitsikôfin'ny Voalava lakandrô.
« Nino ataonao izaiñy, zalahy ?
- Izaho mañambostramboatra ity, ity fo, anao raty asa.
- Nosiñy, ity koa loaka anao fo boaka tavela ! »
Nitsikitsikôfiny indreky.
« Aza hahaninso fa atsika maty !
- Izaho tsy mihinaña fa mangalangala vitsiky amin'ny soñin'ny lakana. »
Avakiô loaka. Dobo irô.
Izikoa fa loaka lakana io, tsapìky tsapìky Rabosy, nandeha an-tety.
I Voalavo tavela tary. Voalavo iñy indreky tsy nahafaka nilomôño.
« Alà koa izaho, zalahy, avakia izaho kas fa maiky hahaninao !
- Izaiñy, hoy Rabosy ?
- Ia, hoy Voalavo. »
Nalain'ny Rabosy izy.
« Hanoko anao !
- A, diasa izaho maimaiky, lombofa babaky antsiendriky edy izaho he ! »
Nilombofany. Avakio nandiñy anketiñy ny Rabosy. Nandeha ny Voalavo nihôfoño tamin'ny fôtaka. Izy mihôfoño iñy, mangady lavaka fo izy. Nangady lavaka laliñy ny Voalavo.
« Tsiendriky maiky fo, zalahy, hoy Rabosy ? »
Nileman'ny Voalavo ohy nany :
« Io hoe, io hoe, tsiendriky maiky, hoy izy !
- Noaiñy, hoy Rabosy ! »
Izikoa fa helahela :
« Fa maiky, hoy Voalavo, hahana amin'izay izaho ! »
Rabosy handeha hihinaña izy, izy nikoariny fa tsy hitany tiô. Nitsôfotro izy añatin'ny lavaka.
« Noaiñy, asia himboanao tsy takako ? »
Izikoa fa helahela, nisy zanaka fito i Voalavo. Irô koa fa bebe, nirahiny mangala môtro tamin'ny Rabosy. Izikoa fa hitan'ny Rabosy izy navy, nañano hoe :
« Kakapalay, kapakapalay,
Navy finanan-tsy ao ? »
« Hôdy dadilahy he, hoy irô
- Karibo,
- Akory arô ?
- Meva, akory arô ?
- Amia môtro izaiñy izahoy, hoy irô.
- Mangalà, hoy izy. »
Izikoa irô nangala iñy, nalainy, nasitriny añatin'ny vilañy. Avakio :
« A ! hela loatra Irô izaiñy, hoy baban-drô. A ! Areha anarô aroe irô, hoy baban-drô tamin'ny zokin-drô. »
Izikoa fa hitan'ny Rabosy irô navy :
« A ! Kapakapalay… »
« Hôdy ?
- Karibo !
- Aia irô tsaiky aby ?
- Irô mitôno batata ao
- Izahay mba handeha hitôno batata ?
- A, msngalà môtro antsiendriky anarô, fa raty isiahan'olo be. »
Irô koa mangala iñy nalainy nasitriny koa.
« A ! Hela loatra irô izaiñy, fa, handao areha anarô telo ! »
Izikoa fa hitan'ny Rabosy, nañano :
« Kapakapalay... »
« Hôdy ?
- Karibo !
- Aia nimboan-drô tsaiky aby ?
- Irô nandeha nitôno batata so.
- Izahay mila handeha, hoy irô.
- A ! Mangalà môtra antsiendriky anarô, fa raty isiahan'olo be. »
Irô koa mangala môtra, nalainy nasitriny. Avakio nañaraka i baban-drô.
Izikoa fa hitan'ny Rabosy izy navy :
« Kapakapalay… »
« Hôdy ?
- Karibo !
- Aia nimboan-drô tsaiky aby ?
- Irô nandeha nitôno batata so.
- Amia môtro Izaho, hoy izy.
- Mangala iô anao. »
Nangala forôhaña aroe izy. Izikoa Rabosy handeha hangala izy, nipitahany môtro Rabosy. Avakio nilefa Rabosy. Niboaka Voalavo, niditry snatin'ny lavake nany. Izy nñy aihira karaha izaiñy :
« Rabosy nanampitry ny fito,
Fahafitoany solaiñy kely,
Arrôa solaiñy kely. »
Rabosy koa nañohôkatra vilañy, nilefa irô jaby. Avakio i Rabosy nañano izaiñy :
« Taranaka nakahy koa mahita voalavo tsy mihinaña, manjaria jôfo, manjaria môngo. »
Namaly koa Voalavo :
« Taranaka nakahy koa mahita rabosy tsy milefa, manjaria jôfo, manjaria môngo. »

7. Pourquoi les hommes ont des enfants et meurent

Extrait de : JAOVELO-DZAO Robert - Mythes, rites et transes à Madagascar, Karthala Editions, 1996, 392 p.

Au commencement, Dieu avait créé et mis sur terre un seul homme et une seule femme. Un jour, il les interrogea et il leur dit:

- Que préférez-vous, la mort de la lune ou la mort du bananier ?
- Seigneur, dirent-ils, nous ne comprenons pas.
- Voulez-vous être comme la lune qui reste invisible tous les mois pendant quelques jours, mais qui reparaît ensuite, ou préférez-vous être comme un bananier qui meurent après avoir donné ses fruits.
- Seigneur, expliquez-nous ce que cela signifie, car nous ne comprenons pas encore!
- Eh bien, voici: la lune continue toujours à exister par elle-même bien qu'elle semble mourir tous les mois, puis ressusciter au bout de quelques jours, tandis que le bananier meurt tout à fait; mais avant de mourir il donne naissance à plusieurs rejetons qui lui succèdent. Choisissez ce que vous préférez, car il faut que vous vous décidiez pour une chose ou pour l'autre.

Ils réfléchirent un peu, puis ils dirent:

- Koezy Zañahary, Salut, Créateur! nous préférons mourir comme le bananier qui laisse après lui des successeurs.

C'est depuis lors, dit-on, que les hommes meurent et qu'ils laissent des enfants pour les remplacer (Dandouau pp. 95-96).



(*) Tiré du Bulletin Mensuel du Vicariat Apostolique de Diégo-Suarez, 86, nov. 1955, pp. 170-171 et 87, déc. 1955, p. 184, où il figure sous la signature C.H.J.M. et avec la mention « d'un séminariste ».

(**) Ce texte figure dans la feuille n°2 : Supplément au lexique, datée de février 1953, p.3, avec la note suivante de l'éditeur : À remarquer la calme plilosophie de nos Antankaraña : « On nous ignore, et pourtant Raseta a demandé nos voix ; camions gravissent nos montagnes, avions sillonnent notre ciel !»

(***) Ce conte, ainsi que les deux suivants [Rasamisery, Akomba ndraiky Tranboño & Ilay matariky ndraiky ilay matity](tous les trois en dialecte antankaraña), est tiré du manuscrit du Père J. Irrigaray, pp. 47-57.


8. Les Contes Antankaraña de Paul CONGO (la page de Paul Congo)

9. Je ne me marierai point ! (Conte sakalava silamo recueilli à Tambohorano)


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